Créquy (Pas-de-Calais)

 

A mon village natal

Un poème de Marcel Lejosne

 

Heureux ceux qui sont nés dans un flot de verdure,

Sous le frémissement des hautes frondaisons,

Et dont la vie paisible, harmonieuse et pure

Eut toujours pour témoins les mêmes horizons !

 

Ils ont pu s'attacher aux collines natales

Et se donner pour soeur l'âme des grands bois sourds,

L'exil n'est point venu, avec ses mains brutales

Déraciner leur coeur et briser leurs amours.

 

J'ai vécu tout enfant sur des pentes fleuries

Qu'embaumaient l'origan, la brunelle et le thym.

J'ai franchi bien souvent l'enceinte des prairies

Et couru librement dans l'air frais du matin.

 

J'ai déchiré ma blouse aux buissons d'églantine

Et grimacé, ravi, en croquant des fruits verts.

Mes genoux, déchirés dans les haies d'aubépine

Gardaient trace longtemps de mes exploits pervers.

 

Et la nature en fleurs se déroulait splendide

Devant mes yeux d'enfant qui ne la voyaient pas.

Mais le printemps riait dans mon âme candide

Quand les senteurs d'avril s'exhalaient sous mes pas.

 

O terre de Créquy, près verts, bosquets en pente

Dont la houle feuillue cache à demi ...

Pourquoi m'as-tu conquis, vallée toujours riante

Puisqu'un destin amer m'a séparé de toi ?

 

Tes ravins, tes futaies, tes chênes et tes hêtres,

Et tes sentiers abrupts et tes côteaux crayeux

Et ton humble clocher, et tes enclos champêtres

Sont toujours devant moi quand je ferme les yeux.

 

Où sont les bosquets verts, où mon enfance folle

S'ébattit librement comme un oiseau des bois !

Où sont les chemins creux et la petite école

Qui vit mes premiers jeux et mes premiers émoie !

 

Et pourtant, par delà l'horizon qui m'entoure,

Le même ruisseau coule au beau pays natal,

Les mêmes paysans travaillent et labourent

Les mêmes terrains gris étagés sur le val.

 

Aussi, rêveur, je songe et mon esprit s'évade

Loin de la morne pleine où le sort m'a fixé,

O vallon enchanteur, courses, jeux, promenades,

Ton souvenir me hante, et je songe au passé.

 

Et lorsqu'avec l'été quelque repos succède

Au labeur quotidien un moment suspendu,

Libre et joyeux, je viens gravir tes pentes raides

Où frênes et bouleaux mêlent leurs bras tordus.

 

Je viens revoir, pensif, ô frissonnant asile,

Au fond du cirque que bordent tes guérets

Tes petites maisons coiffées de vieilles tuiles,

Et sur l'horizon bleu, ton cercle de forêts.

 

Parfois, quand du couchant, les derniers feux ruiisellent,

J'aime à venir m'asseoir, seul et silencieux,

Près des marbres jaunis et des croix qui chancellent

Dans l'étroit cimetière où dorment mes aïeux.

 

Tout s'apaise et tout se tait, mais de la vieille église,

Un son grave et pieux frappe les airs soudains,

Et la fumée des toits soulevée par la brise

Monte avec l'Angélus dans le ciel qui s'éteint.

 

Et puis, quand du nouveau, loin de tes verts feuillages

Et loin de tes coteaux je me suis retiré,

Souvent je songe à toi, Créquy, mon beau village

Si joliment blotti en ton val ignoré.

 

Et lorsqu'un sang plus lourd coulera dans mes veines,

Quand l'heure du repos aura sonné pour moi,

Je reviendrai mourir à l'ombre de tes frênes,

O séjour adoré, ô vallon, ô grands bois.

 

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