Créquy (Pas-de-Calais)

 

Albert Moronval (1902-1974)

La vie

Albert Moronval est né à CREQUY en 1902. Il a fréquenté l'école communale de son village jusqu'en 1913, pour ensuite poursuivre ses études à Boulogne-sur-Mer où il obtiendra son baccalauréat en 1918, diplôme envié à cette époque.

A 18 ans il a enseigné pendant un an à l'école Saint-Pierre de Boulogne-sur-Mer, puis il s'est engagé dans les Chasseurs Alpins à Villefranche-sur-Mer en 1921. Albert Moronval souhaitait devenir officier, adolescent il avait vécu la "Grande Guerre", il avait connu la proximité du front, et son père avait été tué lors de la bataille de Nieuport en Belgique. Ceci fut le point de départ d'une longue carrière militaire qui a conduit Albert Moronval en Haute-Silésie, sur les bords du Rhin et au Maroc. En 1930, il sortira officier de l'école militaire de Saint-Maixent. En 1932, il part pour Beyrouth (décrochant en supplément de ses promotions militaires le diplôme de professeur de mathématiques). Ensuite il cantonne à Palmyre, Alep et Damas avant de regagner la France en 1934.

Il se marie l'année suivante et, fin 1936, il part au Tonkin puis à Changhai, lorsque la guerre sino-japonaise éclate en 1937. Albert Moronval reviendra en France en 1939, à la mobilisation, sur le front de la Meuse. Fait prisonnier en mai 1940 il restera en Saxe jusqu'en 1945. Ensuite il effectue un séjour colonial au Sénégal, au Dahomey et au Togo. De retour en France en 1956, il s'occupera, durant cinq ans, de l'instruction militaire des réserves.

Albert Moronval a obtenu au cours de sa longue carrière, de nombreuses citations et décorations parmi lesquelles nous retiendrons : la médaille de Silésie, la médaille coloniale avec agraphe de vermeil, la légion d'honneur. En outre, il était officier de l'Etoile Noire du Bénin.

 

Les Fables.

Cet homme, à la vie mouvementée, a pu néanmoins concilier le tumulte militaire et son goût pour les études. L'un et l'autre, loin de s'exclure, particupèrent à son épanouissement.

C'est certainement en relisant jusqu'à s'en imprégner, les fables de La Fontaine, que lui est venue l'idée de transcrire à sa manière, pittoresque et savoureuse, quelques textes du poète bien connu.

Etait-ce pour imiter le poète ? Je ne le pense pas. Bien plus sûrement Albert Moronval s'est adonné à cette régionalisation" de la fable afin de satisfaire une envie d'écrire qui lui servait de dérivatif. Ce fut sans doute aussi sa façon à lui d'exprimer l'admiration qu'il vouait au grand fabuliste du XViième siècle.

Moronval a choisi, parmi près de 240 fables, celles qu'il appréciait le plus, puisqu'il n'en a transcrit qu'une vingtaine. Choix entièrement subjectif car à côté de fables très connues, telles que "le corbeau et le renard", "le lièvre et la tortue", "le chêne et le roseau", figurent d'autres textes beaucoup moins célèbres comme "le villageois et le serpent", "les deux mulets", "l'âne et le chien" ou encore "le cochet, le chat et le souriceau". Albert Moronval n'a donc pas cédé à la tentation de vouloir séduire uniquement à l'aide de poèmes renommés. Avant tout, il a voulu se faire plaisir, pour ensuite nous faire partager ce plaisir. Il faut cependant que le lecteur, afin d'apprécier le texte de Moronval et tout le piquant de ses formules, connaisse l'essentiel du texte-modèle ; c'est pourquoi, à la réflexion, le fabuliste patoisant a limité son choix à une vingtaine de sujets. Nous parlons "texte-modèle" car c'est bien de cela qu'il s'agit : Albert Moronval n'invente rien de neuf pour ce qui est des personnages et de la trame du récit. Il suit, parfois minutieusement, le sénario imaginé par La Fontaine (lui-même à l'occasion, imitateur du fabuliste grec Esope), et adopte un parler régional tout en localisant l'action dans sa région natale, notre région. Les héros de La Fontaine deviennent des familiers de Créquy et de ses environs. Ainsi le jeune lièvre : "ch'jone elièvre fait ein tour deins les carottes à Justin, i prend ein verre, i feume ein'pipe aveuc ch'marichau" (le maréchal-ferrant)... vous pourriez encore le rencontrer à l'estaminet du coin.Pour apprécier la fable du XVIIème siècle, il faut savoir que "ramage" siginifie "chant", que "l'hôte" est "l'habitant" et que le "phénix" est un oiseau fabuleux qui avait la propriété de renaître de ses cendres. Nous l'avons tous appris à l'école et nul ne s'en plaint. Mais il n'est point besoin que l'on nous explique toutes les subtilités de la langue pour goûter l'humour des fables de Moronval, humour qui contribue à rénover le texte initial.

Cependant, il ne faudrait pas voir en Albert Moronval un plagiaire sans imagination qui s'est contenté de copier et de traduire. Si la construction de sa fable est conforme à celle du modèle, la dimension qu'il donne à chacune n'est pas l'exacte reproduction de celle de La Fontaine. Ici il ajoute, là il retranche plus qu'il n'enlève. "Le corbeau et le renard" comporte dix-huit vers, tandis que "Chel'cornalle et ch'arnard" en comporte trente-huit. Il y a donc bien apport et création.
Lorsque nous avons dit plus haut qu'Albert Moronval n'a rien inventé en ce qui concerne les personnages, leurs principaux traits de caractère et le déroulement de la scène, nous ne voulions que limiter le rôle créateur de l'auteur mais certainement pas nier l'enrichissement et la couleur locale qu'il a introduits. Pour s'en convaincre il suffit, et malheureusement c'est restrictif, être d'Artois.

D'après Jean-Jacques Classe, professeur de lettres au collège Monsigny de Fauquembergues

 

 

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