Créquy (Pas-de-Calais)

 

Le village-frontière (1415-1680)

 

Dès après 1415, le destin de l'Artois, donc de Créquy, s'éloigne de celui de la France. Le Duc de Bourgogne mène sa propre politique, anti-royale, et les circonstances feront que l'Artois restera séparé de la France jusqu'au coeur du XVIIème siècle. C

Guerres et paix

Le grand dessein de la politique française avant été la reconquête des provinces du Nord, il va sans dire que l'Artois ne pouvait connaître la sécurité tant que celle-ci n'ait pas été définitivement rattachées à la France. La lutte passa par bien des vicissitudes, périodes de guerres intensives, larvées ou d'accalmie qui ont réglé plus ou moins la vie des Créquinois.

Le temps de Jean V

La période qui s'ouvre avec la défaite d'Azincourt voit le Duc de Bourgogne réaliser l'alliance anglaise, et, l'arrivée de Jean V, sans nul doute, le plus prestigieux des sires de Créquy. Sa carrière s'est effectuée au rythme des grands événements. I

L

Entre 1435 et 1460, nous n'avons que très peu de renseignements sur la vie de Jean V de Créquy. La paix régna probablement, et, les Créquinois ont pu retrouver leur prospérité, malgré la présence toujours dangereuse des Anglais à Calais, mais aux prises avec de multiples difficultés.

Créquy comme à Fressin, comme ailleurs en Artois, le Duc de Bourgogne pousse son emprise et réclame l'aide. Il sera intéressant de suivre cette imposition à travers tout le XVeme siècle, ce qui est possible, grâce aux nombreux comptes qui existent encore. En 1438, Créquy et Torcy devront 20 livres (Fressin 25 livres).

Les années soixante dix ramènent le péril de guerre (visées de Louis XI, mégalomanie de Charles le Téméraire)

La flambée (1472-1493):

En 1472, 73, 75, les armées françaises ravagent le sud de l'Artois. Les villages de la vallée de la Canche sont la proie des flammes. Les troupes royales n'ignorent pas la vallée de la Créquoise par ailleurs.

En 1477, la mort du Téméraire sous les murs de Nancy livre l'Artois aux troupes françaises, et en particulier la ville d'Hesdin, et qui tient jusqu'à la Guerre de Trente ans. La même année, la fille du Téméraire, tout prix l'Artois...

Cette guerre reprend dès 1479, et les français du Maréchal d'Esquerdes sont battues à la première bataille d'Enguinegatte, par Maximilien.

La lutte se poursuit, plus au moins coupée d'arrêts. En 1486, lutte pour Thérouanne. Les troupes harcèlent la région encore jusqu'en 1492.. Des difficultés de tous ordres accompagnent la guerre. Ainsi en 1490, le prix des denrées est-il excessif, selon Brésin. Les Français occupent Hesdin. Les anglais s'en mêlent parfois. En 1492, ils vinrent, nostalgiques, occuper Ruisseauville. L'on dit que le Château de Fressin flamba.

L'accalmie: De 1493 à 1513, accalmie relative due aux erreurs et rêves politiques du roi de France Charles VIII et son successeur, qui s'embourbent un peu plus chaque jour dans les affaires italiennes, et aussi à la bonne volonté de Philippe Le Beau qui devient comte d'Artois, puisque le traité de Senlis rend cette conquête.

 De 1513 à 1536 : le tournant: 

En 1521, la guerre revient ouvertement dans la région proche de Créquy. Cette année-là quelques villages de la vallée de la Créquoise, de la région de Fauquembergues du Haut-Boulonnais ont été ravagé.. Mais les français tiennent Hesdin, et le château de Fressin leur est acquis. En 1522, les anglais veulent prendre Fressin, mais ils ont défaits par Créquy de Pont-Rémy, capitaine illustre du temps?

Des combats partout dans la région encore en 1523, à Audincthun, avec tentative de prise d'Hesdin par les Impériaux. Entre temps, Charles roi d'Espagne, comte d'Artois est devenu empereur d'Allemagne : Créquy est devenu, par le fait des héritages, espagnol, mais dans l'immédiat, il semble bien qu'il sera à qui pourra le tenir.

En 1524 et 1525, la garnison française d'Hesdin et une nouvelle tentative de prise de cette ville menacent la tranquillité des Créquinois. Par sa victoire de Pavie, Charles-Quint obtient que François 1er abandonne sa suzeraineté sur l'Artois. Créquy devient donc un peu plus étranger encore à la France.

Les années terribles : 1536-1559

Entre ces deux dates, le Haut-Artois connaît une intense période de guerre qui s'explique par le fait qu'il se trouve au centre d'un réseau de places-fortes de réelle importance : Thérouanne, l'oreiller du roi de France, Hesdin, Renty, Montreuil, sans compter les places secondaires de Fressin, d'Embry, etc...

Dès 36, la guerre recommence, mais ce n'est qu'en mars 1537 que les soldats français de la garnison d'Hesdin viennent ravager, entre autres, Créquy. L'église du village est pillée, avec tous les meubles que les habitants y avaient retirés, les y croyant en sécurité... Les Créquinois abandonnent le village pendant plusieurs mois, probablement jusqu'à la trêve de Bomy (30 juillet 1537).

Malgré la trêve ; les difficultés continuent. Revenus, les Créquinois subissent des vexations de la part des Impériaux des garnisons d'Aire et de Saint-Omer, sous prétexte qu'ils étaient français, et qu'ils portaient croix blanche. N'oublions pas que le seigneur de Créquy combat pour la France.

En 1541, Charles-Quint demande une aide extraordinaire de 60000 carolus d'or, qui pèse principalement sur les commerçants et les agriculteurs.

La guerre reprend dès juillet 1542. Les habitants de Créquy et de Royon ont été pillés bien des fois. Ils doivent en outre verser au gouverneur d'Hesdin près de 700 carolus d'or, pour éviter l'incendie de leur village. Ils eurent 6 mois pour régler cette somme. D'autres menaces émanent du seigneur de Créquy qui parle de brûler Fressin et les villages environnants si l'on ne lui verse pas 100 écus d'or. Il faut dire que Charles-Quint l'a remplacé, à la tête de ses terres, par des seigneurs plus fidèles, ceux de Fontaine et de Regnauville.

La lutte s'achève en 1544, par le traité de Crépy-en-Valois, qui accorde de nombreux villages d'Artois au Boulonnais. La frontière se rapproche encore de Créquy.

Dès 1549, la lutte a repris. En 1552, les Impériaux prennent Fressin, occupé jusqu'alors par les Français... Les troupes rôdent dangereusement dans le secteur.

1553 est une mauvaise année. Les Etats d'Artois votent 140000 écus pour l'Empereur. Les troupes impériales prennent Thérouanne, puis s'installent à Fruges, avant de s'emparer d'Hesdin. Pendant les quartiers d'hiver qui suivent, les Allemands ravagent, brûlent les comtés de Saint-Pol et d'Hesdin.

En 1554, les français s'installent à Fruges avant de livrer bataille à Renty. Ils reviennent par Fruges et probablement par la vallée de la Créquoise -avec tous les dommages que cela suppose- avant de s'installer dans la vallée de la Canche.

Après 1554, la guerre s'estompe quelques peu, mais les troupes françaises cantonnées en Boulonnais ou en Picardie restent une menace, dont se plaignent encore les Etats-d'Artois en 1559.

Une paix relative:  après 1559, la paix revient, et il est probable que les campagnes du Haut-Artois purent enfin profiter de la prospérité qui caractérisera le XVIème siècle. Il y eut encore des troubles relatifs aux guerres religieuses, mais ceux-ci restèrent cantonnés aux villes et à quelques régions bien localisées de l'artois. 1567 fut encore une année d'inquiétude.

La sécurité est plus fortement troublée à la fin du XVIème siècle. Les garnisons d'Hesdin et de Montreuil est pu peut-être faire trembler le plat-pays à cause de l'état de guerre, mais ce n'est qu'en 1595 que la guerre s'installe à nouveau dans le Haut-Artois, avec l'entreprise d'Henri IV. Les châteaux d'Embry, de Thiembronne, et de Nielles de Seninghem sont brûlés. Fruges brûla, et il serait étonnant que Créquy n'ait pas eu alors à subir les excès des troubles engendrés par la guerre.

La paix de Vervins (1598) ramène le calme, et alors peut s'ouvrir une belle période de prospérité avec le règne des Archiducs Albert et Isabelle, malgré une alerte en 1622, pendant la guerre de Trente Ans, où le seigneur de Tramecourt est sommé d'organiser la défense territoriale du secteur.

Mais dans l'ensemble, il semble bien que le pays ait pu efficacement se relever de ses ruines, témoins ces merveilleuses églises du XVIème siècle qui s'élevèrent un peu partout, Créquy étant excepté bien entendu.

En 1569, sont réorganisés les impôts directs. Le Centième est institué, et le dernier jour d'octobre de cette même année, réunis en "cymetière", devant le lieutenant général de la terre et seigneurie de Créquy, les hommes de fiefs, les notables de Créquy sont "élus et commis pour recevoir les rapports de toutes les maisons et autres biens immeubles de Créquy..".

En 1605-1610, les Créquinois voient avec étonnement les aquarellistes, mandés par le seigneur de Croy, peindre leur village, et laisser à la postérité le témoignage de leur pauvreté.

Vers 1630, sont refondues et baptisées les deux cloches de l'église. Les parrains sont, de la première, le seigneur de Créquy, Charles de Créquy, un illustre guerrier, de l'autre l'abbé de Ruisseauville.

 Le rattachement à la France (1635-1679)

La guerre recommence entre l'Espagne et la France dès 1635, mais ce n'est qu'en 1638 que réapparaissent les troupes dans le secteur, que les populations locales, et en particulier, celle de Créquy redoute avec terreur. Les vieillards se souviennent encore de la dernière incursion de Henri IV, grossie en plus -on peut le supposer- par la légende.

Le siège de Saint-Omer de 1638, et la prise du Château de Renty, accompagnée de son démantèlement, ont pour effet de propager la panique dans le Haut-Artois. La prise d'Hesdin par les troupes de la Meilleraye livre la région aux Français, mais les Créquinois ont fui, et sur ce, nous avons le témoignage de Pierre De Maigny, bailli d'Habart.

En 1644, les Créquinois ne semblent pas être revenus, et forcément, les rentes seigneuriales ne rentrent pas, ce dont s'inquiète le seigneur du Préhédré. Pierre de Maigny, son bailli lui répond qu'il ne fait pas bon vivre dans un région, que la garnison d'Hesdin et son gouverneur vole, incendie ou pille, comme ce fut le cas à Embry. Quant à lui, Pierre, il s'est retiré en Flandre.

Néanmoins, les Créquinois rentrent en possession de leurs biens cette année là, mais les contributions sont très élevées, et ils ont du mal à vivre. Les rentes foncières et droits casuels ne sont pas payés, et, en 1653, une enquête a lieu à ce sujet.

Mais peu à peu les Français s'installent définitivement dans le pays, qui retrouveraient son calme, si, un aventurier du nom de Fargues n'avait pas résolu de s'installer en maître à Hesdin, d'appeler les Espagnols à qui il projeta un moment de rendre la ville, et d'opérer destructions et rançonnement de la population avoisinante. Le château de Fressin, le clocher de l'église de Sains sont détruits.

La paix des Pyrénées (1659) apporte enfin la paix. L'artois est rendu à la France, mais Créquy n'en demeure pas moins un pays-frontière, car l'Artois réservé reste à l'Espagne (bailliage de Saint-Omer et d'Aire) et cette terre espagnole encore pousse ses tentacules jusqu'à Coupelle.

Des contestations demeurent dans les années 60. Coupelle est même occupée par les Espagnols, ce qui a tout lieu d'inquiéter les Créquinois, qui par expérience savent quoi attendre de la soldatesque, qu'elle soit amie ou ennemie.

La guerre de Hollande et la prise de Saint-Omer en 1677 ramène la soldatesque dans la région, d'autant plus que l'année précédente les grands chemins de la région, et en particulier de Créquy avaient été parcouru par la bande de brigands commandés par Dewailly et Caron, inspirés en partie par des considérations d'ordre politique.

Enfin 1679 et la paix de Nimègue amène la fin des hostilités. L'Artois réserve fait retour à la France. Créquy cesse alors d'êter un village-frontière. De nouvelles perspectives d'offrent à lui.

Les structures socio-économiques: les dominants

Du XVème au XVIIème siècle, la vie créquinoise est confinée dans certaines structures socio-économiques héritées du Moyen-Age, mais qui se modifient sensiblement pendant cette période.

Seigneuries:

La seigneurie de Créquy.-

La seigneurie du Préhédré

La seigneurie du Tronquoy:

La seigneurie du Bois Mulet:

D'autre fiefs:

 La dîme: :

Le rôle de la seigneurie et les agents seigneuriaux:

Les seigneuries et la dîme pesaient assez lourdement sur les revenus du paysan.

Cette aristocratie du sol ne se contentait pas de prélever des sens modiques ( au Préhédré, deux sols par mesures), mais des charges en nature grevaient la terre, que ce soit le terrage ou la dîme. Le terrage ne se prélevait pas sur la totalité des terres créquinoises, mais exclusivement sur des terres dont nous avons eu l'occasion de parler dans le chaptre précédent. Donc, il est difficile d'établir une évaluation de ce que pouvaient donner leurs revenus les Créquinois, au ce soit au seigneurs ou au décimateur. N'oublions pas que ce n'était là qu'une partie de ce qui était prélevé. Le Prince, par l'intermédiaire des Etats d'Artois, demandait les centièmes. D'autres part, les impôts indirects étaient très élevés dans les Pays-Bas.

Outre les redevances qu'ils tiraient de la terre, les seigneurs devaient assumer certaines fonctions bien précises de justice et de police.

Le seigneur exerçait une certaine justice foncière. Il percevait des droits, définis par la coutume de Créquy, sur toutes les mutations, droits de relief, etc...

Le seigneur exerçait également la basse, moyenne et haute justice, mais il y a forte à croire qu'à l'époque qui nous préoccupe que cette belle formule, conventionnelle, n'aie été que de principe.

Le seigneur n'exerçait en fait qu'une justice assez basse. Il réprimait les délits, s'occupait vraisemblablement de petites affaires civiles. Quoiqu'il en soit, cette activité procurait des ressources civiles. Quoiqu'il en soit, cette activité procurait des ressources assez intéressantes, loin d'être négligeables.

Pour exercer ces différentes fonctions, perception des redevances police et justice, les seigneurs avaient besoin d'un personnel qui s'est mis en place, semble-t-il, à compter du XVème siècle. Du moins, nous n'en avons pas mention auparavant.

Le grand bailli avait pour rôle d'assumer la justice, comme d'ailleurs les autres personnages. Il était payé sur les revenus de la seigneurie, soit proportionnellement à ce qu'il en retirait, soit suivant un traitement fixe. (les baillis de Créquy)

La seigneurie du Préhédré possédait également un bailly qui cumulait aussi les charges de procureur et de receveur. Le premier connu est Mahieu Breton (1473), installé à Coupelle-Vieille (?). En 1629, Pierre De Magny sera désigné Bailly. Il restera en place jusqu'à sa mort en 1661. Ensuite, la charge de Bailly du Préhédré sera peut-être assumé par les officiers seigneuriaux cumulait bien souvent cette fonction de receveur, comme c'était le cas au Préhédré.

e groupe d'officiers et d'agents seigneuriaux est intéressant à plus d'un titre. Il est aidé dans sa tâche par des gardes, dont la principale occupation est la police forestière et rurale... Tous ce gens bénéficiaient d'un pouvoir certain. Ce sont eux qui dominent directement la seigneurie, ce sont les maîtres. Une étude de ce groupe serait à faire. A première vue, il semblerait que les sires de Créquy aient d'abord donné ces fonctions à des ressortissants de la petite noblesse, du moins jusqu'au XVIème siècle, mais peu à peu, ceux-ci se sont plus ou moins mêlés à la bourgeoisie rurale (notaires et officiers divers de Fressin), voire à l'oligarchie paysanne, et de ce fait les fonctions seigneuriales ont été assumés par ces groupes, et cela plus fortement à compter du XVIème siècle.

N'oublions pas que ces officiers ne résidaient pas forcément à Créquy, sauf en ce qui concerne les gardes et le Bailly du préhédré, et que c'est essentiellement Fressin qui les fournissaient. Mais leur influence sur Créquy était plus que réelle, si bien que l'on ne doit pas négligé d'en parler.

La bourgeoisie et Créquy!

Dès le XVème siècle, Créquy a affaire à la bourgeoisie; Celle-ci possède l'argent, et tire des rentes sur la campagne. En 1473, un conseiller demeurant à Montreuil, Mathieu du Bos, possède une rente sur le fief de Jehan Du Val.

Nous avons vu comment la bourgeoisie rurale de Fressin a pu peser sur les Créquinois par l'attribution des offices seigneuriaux.

Les Centièmes de 1569 nous révèlent que cette bourgeoise tient un peu de la terre créquinoise, environ 260 mesures, soient 6,5 % de l'ensemble du sol, mais si l'on excepte les bois possédés par les nobles (1500 à 1700 mesures), les Communes, c'est-à-dire si l'on ne tient compte que des terres rôturières, soient 1900 mesures, on arrive à un pourcentage de 14 %, ce qui est loin d'être négligeable. Les terres possédées par la bourgeoisie en 1569 se répartissent en quatre propriétés (Martin Ocquiez, Laurens Blioul, François Cossin, Louis Le Telliez). L'on ne connaît pas la résidence de cette bourgeoisie, mais la famille Blioul était installé au XVIème siècle sur les terres du seigneur de Créquy; habitaient-ils Créquy ?

La présence de la bourgeoisie serait à déterminer pour le XVIIème siècle, car on constate un accroissement de la propriété bourgeoise au XVIIIème siècle, et, il y a tout lieu de croire que cet accroissement a été substantiel entre 1569 et 1680. Ainsi la famille Mayoul possédait près de 100 mesures de terre de Créquy à la fin du XVIIème siècle. L'on aimerait connaître la constitution de ce patrimoine, s'il a été provoqué grâce à l'endettement des paysans. D'autres part, il se peut, qu'entre 1569 et le XVIIIème siècle, la bourgeoisie se soit emparé des dernières terres labourables appartenant à la noblesse, mais cela n'est pas certain...

Les terres de la bourgeoisie étaient en 1569 affermées à des fermiers qui, à l'exception d'un seul, ne possédait pas de terres à Créquy. Il semble que ce fait mérite d'être noter. D'autre part, ces fermiers ne semblent pas avoir fait souche, par la suite, à Créquy.

Les structures économiques et sociales: les Créquinois

Les Créquinois sont des dominés, si l'on peut dire, du fait de la structure seigneuriale qui caractérise l'époque. Mais plusieurs restrictions sont à faire. Premièrement les Créquinois possèdent à peu près la moitié du sol de leur village, et si l'on excepte les bois, leur situation apparaît meilleure encore (65 à 85 % des terres labourées). D'autres part, il apparaît que tous les cCéquinois ne sont pas dominés de la même façon. On peut discerner plusieurs groupes sociaux, des notables aux misérables.

La démographie: Pour l'Ancien régime, pas de recensement au sens moderne du terme. Parfois, des chiffres, mais qui manquent de précision, et qui ne possèdent qu'une valeur, somme toute, indicative.

En 1469, Créquy compte 69 feux, mais il faut lui adjoindre la paroisse de Torcy, étant donné que celle-ci ne figure pas sur le rôle des aides en question, et qu'il y a tout lieu de croire que l'aide de Créquy et Torcy était perçue globalement, comme nous le montre d'autres comptes de ce même siècle. Dans ce cas, peut-on indiquer quelle est la part qui appartient en propre à Créquy ? Il semble que l'on peut affirmer que le nombre de feux était compris entre 40 et 50, ce qui peut faire une population de 250 habitants environ. C'est peu, et l'on doit suspecter un tel chiffre. D'abord, il est probable que l'on a tenu compte que des feux où l'on percevait effectivement l'aide, et que l'on a éliminé du compte les foyers par trop misérables, et l'on ignore bien sûr en quelle proportion ceux-ci étaient représentées. D'autres part, il est possible que l'on ait volontairement minimisé le nombre de feux, cela en espérant que l'on aurait moins à payer. Dans ces conditions, il est possible de présumer que la population de Créquy était de l'ordre de 300 à 400 habitants.

En 1569, les centièmes permettent de dénombre 95 propriétaires ou locataires qui ont effectivement un manoir amazé à Créquy, et qu'ils habitent. Quelle population pouvait correspondre à ce nombre de propriétaires ou locataires résidants ? Il semble que l'on puisse multiplier ce nombre par 5 ou 6 pour les familles sans terre ou non-locataires ne figurent pas dans ce rôle. L'on pourrait alors admettre une population de 55 habitants.

Le chiffre de 1698 est donné d'après l'enquête de Bignon. Il est de 309 habitants. Ce nombre est manifestement trop bas si on le compare à celui de 1725, c'est-à-dire 570 habitants. On ne peut en effet supposer un tel accroissement démographique à cette époque quand on sait que Créquy a subi des crises sérieuses (1710) et que le ralentissement des naissances s'y est également fait sentis. Ce chiffre devrait être rehaussé à 400 habitants, peut-être même plus.

De ces chiffres incertains, il est quand même possible de tirer quelques constatations.

Durant le XVIème siècle, la population de Créquy s'est accrue, alors qu'elle a stagné, voire diminué durant le XVIIème siècle. La guerre de Trente Ans y est donc pour quelque chose, d'autant plus que l'évolutions des naissances dans le début du XVIIIème siècle, seule chose possible de faire pour Créquy vu ce qui nous reste des registres paroissiaux, permet de deviner qu'une baisse démographique (ralentissement des naissances) s'est manifestée entre 1690 et 1715, cette baisse étant probablement due à celle constatée en mains lieux de France entre 1630 et 1660

.Est-il permis d'apporter des précisions sur l'état démographique de Créquy sans tomber dans les généralités. L'on conçoit que les grandes guerres qui ont été le lot de l'époque ont plutôt favorisé la mortalité. Quelques épidémies sont mentionnées, comme cette peste "qui règne à Fressin et alentours" à une date non précisée entre 1554 et 1574.

 La société créquinoise

Les Créquinois possédaient en 1569 1600 mesures de terres, prés, manoirs et maisons, soient donc 40 % du sol créquinois. Par contre, ils en cultivaient 1900 mesures, mais nous avons vu que les terres bourgeoises étaient affermées à des fermiers non enracinées à Créquy, quoiqu'y demeurant. De plus, ils jouissaient en commun de plus de 100 mesures de Communes, petits bois où tous étaient libres de faire paître leurs bêtes. Quant aux bois, il est bien possible qu'ils pouvaient y posséder certains droits d'usage quoique la coutume de Créquy avait laissé au seigneur de multiples avantages et la possibilité de les mettre en "deffens".

Cependant tous les Créquinois ne possédaient pas de la même façon de la terre. A côté de belle propriétés d'autres, la plupart n'avaient que des lots minuscules.. La répartition de la terre permet de discerner quatre groupes sociaux.

Les "coqs" de village. -

Les laboureurs: 

Coqs de village et laboureurs forment donc la haute société rurale, si l'on peut dire, et il est permis de les suivre à travers les documents, soit qu'ils figurent aux grands actes de la vie créquinoise, comme lors de la rédaction des coutumes en 1507 (Le Parmentier, Cornu, etc...), soit que certains d'entre eux accéderont aux offices seigneuriaux dans les temps qui suivront.

Les ménagers: 

Les petits: 

Les solidarités dans le village

Le village forme avant tout la paroisse, mais aussi déjà la Communauté. Devant le peu de documents, il ne nous est pas permis de savoir quoi que ce soit de précis sur les solidarités à l'intérieur de cette communauté. L'étude sociale nous a permis de discerner des groupes, mais il n'est pas certains que ces groupes avaient un embryon de conscience de "classe".

Par ailleurs, pour les pouvoirs publics, la communauté forme un tout. Ils ignorent l'individu, et quand il s'agit de fixer l'impôt car c'est principalement pour cela que les pouvoirs publics se préoccupent du village, ils taxent la Communauté de façon globale, à charge à ses mesures de répartir entre eux le montant.

Les réunions de la Communauté, comme on peut les percevoir en lisant le préambule des Centièmes gardaient une certaine allure démocratique : "Les répartiteurs sont élus", mais en fait, ce sont les plus riches d'entre eux qui sont désignés. La Communauté créquinoise suit donc le cas général, et est dominé par l'oligarchie paysanne.

Un problème intéressant est celui des relations communauté- aristocratie. Peut-on admettre le principe de solidarité verticale entre les seigneurs et leurs tenanciers, suite à certains historiens ? Il est difficile de le dire, et les seuls documents que nous possédons nous montrent que parfois la communauté entière avait des litiges avec cette aristocratie, en particulier les décimateurs de l'abbaye de Ruisseauville, comme dans la seconde moitié du XVIème siècle, où les habitants du Préhédré sont en procès avec l'abbé pour une question de dîme, mais ce ne sont là que des petites affaires qui émergent et dont il est difficile en tout cas de tirer des conclusions générales. La question des solidarités reste posée, et il est à craindre qu'elle ne soit jamais résolue, du moins pour la période concernée par ce chapitre.

 L'économie: 

L'organisation économique: 

La cellule économique  de base reste la famille, qui doit pourvoir à sa subsistance.

L'agriculture est reine, mais pour la moitié des familles, nous avons vu que une activité d'appoint était indispensable, mais nous ne savons pas de quelle nature celle-ci est.

En moyenne, compte-tenu de la dîme et du terrage (10 % des terres), on peut affirmer qu'en nature le paysan livre 5 % de sa récolte, ce qui somme toute, n'est pas catastrophique. Par contre les impositions en espèces ont pu être plus élevées : cens, centièmes, impôts indirects.

Si l'agriculture est reine, un artisanat agricole est indispensable. Les maréchaux, les meuniers sont des personnages assez importants dans le village.

Prédominance de la culture

76 % du sol agricole créquinoise est en, 1569 occupé par des terres, c'est-à-dire que la culture prédomine nettement par rapport à l'élevage.

On sait peu de chose sur la production agricole de ce temps, et Créquy s'aligne en ce domaine sur la situation générale. Le blé domine. Mais il serait intéressant de connaître l'importance des cultures propres à l'élevage, comme l'avoine.

L'élevage

L'élevage est mieux connu, car existent des documents précis. Il serait important de pouvoir comparer le proportion des prés (24 %) existant à Créquy avec celle d'autres terroirs. Enfin, il ne semble pas que ce n'est qu'avec de très fortes restrictions et au profit de quelques paysans privilégiés. Souhaitons que l'on pourra retrouver quelques beaux de seigneurie, ce qui n'est pas impossible.

Les prés sont prépondérants dans la constitution des fiefs, tel que le révèle le dénombrement de 1473.

En 1569, on relève quelques beaux troupeaux, de plus de 100 têtes, et Isabeau Parmentier possède ; à elle toute seule, 200 têtes. Quatre autres paysans ont plus de 100 têtes. Pierre De Mangny, un des trois notables, possède également un beau troupeau, mais pas exclusivement de "blanches bêtes".

L'exploitation forestière

L'exploitation forestière a été dans tout l'ancien régime un chapitre important de l'économie créquinoise, mais elle reste le seul domaine réservé aux seigneurs, et ceci explique sans doute les restrictions que ceux-ci ont mis aux droits d'usage des habitants (voir coutume).

Ce n'est que vers le milieu du XVIIème siècle que l'on possède des informations précises sur la vie de la forêt. Les papiers du seigneur du Préhédré concernant le bailli, Pierre De Maigny (1629-1661) attestent clairement que ce sont les ventes de bois qui procurent le plus d'argent au seigneur, sans doute 80 % du revenu d'une seigneurie.

Entre 1671 et 1679, plusieurs ventes de bois nous montrent que ce sont les Créquinois, Coupellois ou Frugeois, commerçants ou autres qui sont acheteurs. Il se vend à chaque fois environ une douzaine de mesures. N'oublions pas que dès le XVème siècle, l'on sait que les bois de Créquy se coupaient de quinze ans.

Quant à l'économie charbonnière que nous avons supposée durant le Moyen-Age classique, il est probable qu'elle s'est poursuivie durant la période, puisqu'elle est encore active en plein XIXème siècle.

Quelques aspects de la vie

La vie matérielle

En ce qui concerne l'aspect du village, nous n'avons que la précieuse, mais hélas! pas très exacte gravure des albums de De Croy, réalisée entre 1605 et 1610.

Le village: 

Le trait essentiel du paysage est la château en ruines.

L'église autre monument est une chétive construction où l'on distingue trois travées (comme l'église actuelle), mais il n'est pas certain que celle-ci en procède. Il se peut d'ailleurs qu'il y ait eu reconstruction durant le XVIIème siècle, mais nous n'avons pas de trace formelle, ni dans les actes, ni dans les architecture.

Entre l'église et le château, une place, mais il faut suivre à la lettre les indications de la gravure, l'église se trouverait de l'autre côté du château, par rapport à la situation actuelle.

Signalons que la végétation naturelle est plus importante que de nos jours. Les chemins, les rideaux étaient alors bien boisés. Créquy s'inscrivait dans un cadre de verdure des plus attrayants.

uant aux autres éléments de la gravure, ils sont très difficilement localisables. L'on peut supposer qu'entre le XVème et le XVIIème siècle, les fermes situées actuellement dans la rue de l'Eglise existaient déjà.

L'habitation :

Sur la gravure, la majeure partie des habitations est de taille réduite. Le torchis domine dans la construction, et la paille est de rigueur pour la toiture. Sur la façade, peu d'ouverture : une porte, sans doute déjà à deux volets (?) et une ou deux fenêtres bien petites d'ailleurs, en un temps ou le verre n'est guère très usité, car matière importable.

On discerne ça et là quelques habitations plus importantes, peut-être construites en pierre, du moins en partie. Ces habitations sont probablement vouées à une destination spéciale : taverne, forge, etc...

La vie religieuse:

L'administration religieuse

Nous avons laissé, en 1415, Créquy dans le diocèse de Thérouanne, doyenné de Fauquembergues. Cette situation s'est transformée tant soit peu du fait de la destruction de Thérouanne en 1553, et de la partition de l'évêché en 1559. A cette date, Créquy est rattaché à l'évêché de Boulogne, et au doyenné de Fauquembergues.

Nous ne savons guère quel pu être exactement le rôle de l'évêque sur la vie religieuse de Créquy. Disons que l'efficacité épiscopale alla en d'améliorant, et que le diocèse s'organisa sur des bases solides durant le XVIIème siècle.

De toute façons, c'était toujours au décimateur qu'il appartenait de nommer le curé de Créquy, et celui-ci était bien souvent un moine de l'abbaye de Ruisseauville.

Les curés de Créquy

Nous n'avons pu établir de liste complète des curés de Créquy de 1415 à 1680, et le premier qui apparaît, à la fin du XVème siècle, Jean de Maubailly, devint en 1500 abbé de Ruiseauville.

En 1507, Robert Le Caron est témoin lors de la rédaction de Coutumes, puis c'est l'inconnu pour plus d'un siècle.

Jules Boningues fut curé jusqu'en 1646.

Lui succéda Antoine de Lanes (1646-1669).

puis Fremant (1669-1697).

 La vie religieuse

Il est délicat de parler de la vie religieuse, et d'apprécier la profondeur de la foi de habitants à une époque où la religion était incluse de façon officielle dans la vie, et qu'être connus, originaires de Créquy, ne peuvent-ils rien nous révéler en ce domaine. Les grandes familles du village essayaient de placer un de leur fils en religion. C'est le cas des Demaigny (Joseph De Maigny, décédé en 1674, J. Demaigny, décédé en 1631), des Petit (? Petit, décédé en 1683) des Blandouin, Houillez, etc...

Signalons en outre un témoignage plus sûr quant à l'appréciation de la qualité de la foi, l'érection d'une confrérie en 1654 dédié au Rosaire, par les Dominicains. Un effort a donc été fait en ce sens, comme il est coutume d'en voir au XVIIème siècle, qui fut avant tout un siècle essentiellement de ferveur religieuse.

Les fonctions sociales de l'Eglise

Il n'est pas possible de savoir quoi que ce soit sur la fonction scolaire de l'église de Créquy avant 1725. Néanmoins, il est probable qu'assez tôt un enseignement fut dispensé, mais sans doute à Créquy même, et un notable paysan comme Pierre De Magny, maintes fois cité dans ce chapitre, n'était guère embarrassé pour écrire une lettre à qui que ce soit.

Quant à l'action de l'Eglise en faveur des pauvres, elle était possible grâce aux biens de la maladrerie de Créquy-Torcy. Depuis longtemps la lèpre avait disparu, et les revenus de cet établissement furent dévolus aux pauvres, gérés par la fabrique de l'église.

Ces revenus consistaient en quelques terres situées sur le territoire de Torcy, et en 1679, c'était un fermier de Créquy, Jacques Hoguet, qui avait la jouissance de ces terres on ne sait à quel titre. A cette date, la maladrerie est rattachée à celles de Fauquembergues, Auchy et Coupelle au profit de l'ordre de Saint-Lazarre et le fermier ne voulut probablement pas rendre ces biens de bonnes grâces. L'affaire alla donc jusqu'à la chambre royale qui ordonna à Jacques Hoguet de se "départir des biens et revenus de la maladrerie au profit de l'Ordre.

 

Documents

1200-1515

1515-1789

Les habitants en 1569

 

Retour à la page d'accueil

Ce site est édité par le Comité d'Histoire du Haut-Pays, sous la direction de René Lesage.

 Une adresse pour nous contacter