Créquy (Pas-de-Calais)

 

Créquy au Moyen-Age

 

Si le premier Créquy nous reste à découvrir, par contre, nous sommes sur un terrain plus ferme quand nous abordons les beaux siècles du Moyen-Age. Cette période va du Xème au XIIIème siècle et se caractérise par un grand développement économique, la renaissance urbaine, la construction des cathédrales et l'apogée de la société féodale. Pendant ces siècles, la masse des Créquinois reste anonyme, par contre, leurs maîtres, les seigneurs de Créquy figurent déjà parmi les familles les plus prestigieuses de la région.

Les conquêtes paysannes

La masse des Créquinois reste anonyme certes, dans la mesure où nous ne connaissons pour cette époque aucun nom de paysan, mais nous pouvons cependant deviner son oeuvre à travers quelques éléments de la toponymie. Tout d'abord, l'on peut souligner que le peuple créquinois a tendance à s'accroître, comme le révèle l'implantation de quelques hameaux : le Préhédré qui était peut-être à l'origine le "pré d'Hilderich" bâti autour d'une exploitation agricole qui peut dater du XIème ou XIIème siècle; le lointain hameau de Maisoncelle, modeste habitat de défricheurs le long de la forêt, défricheurs venus peut-être du Boulonnais si l'on s'en réfère aux traditions linguistiques locales qui font que le parler des gens de Maisoncelle diffère de celui des Créquinois et se rapproche davantage du patois du Haut-Boulonnais.

Ces paysans créquinois du Moyen-Age féodal sont d'ardents défricheurs, des "essarteurs" qui agrandissent la clairière culturale originelle, défrichent de façon intensive les plateaux (le Beaussart, le Florembeau, la Campagne) et font reculer partout la forêt jusqu'aux limites du territoire créquinois. Une étude attentive du parcellaire nous apprend comment se sont effectués ces défrichements. Il faut imaginer (cas de Beaussart) deux phases importantes : une première époque où le défrichement se fait de façon plus ou moins sauvage et qui donne un dessin parcellaire assez irrégulier. Une deuxième phase - au XIIIème siècle - où le défrichement se fait de manière plus organisée ce qui donne un dessin parcellaire régulier. Ces défrichements de la deuxième période se sont sans doute effectués sous directive seigneuriale et fourniront les terres à terrage par la suite, le terrage étant une partie de la production agricole parçue au profit au seigneur.

L'on ne peut - outre ce trait de l'agriculture - deviner quelles furent les autres activités économiques des Créquinois du Moyen-Age. La présence qui reste importante d'espaces boisés a-t-elle déjà favorisé l'existence d'un artisanat de la boissellerie ? Sans doute, l'artisanat essentiel en milieu forestier était-elle la production de charbon de bois rappelé par la toponymie par les lunules encore visibles dans le sol créquinois par un chemin des Charbonniers qui peut être une indication sur la destination du charbon créquinois vers la châtellerie de Saint-Omer et la ville de Thérouanne. De même, le chemin des Poissonniers ou de chasse-marée qui court d'Ouest en Est le terroir créquinois de la Carrière Pro au Bois des Granges indique peut-être une direction importante du commerce médiéval. Mais ce ne sont là qu'hypothèses.

 La seigneurie

La société créquinoise était dominée, l'avons-nous dit, par ce que l'on peut rappeler la société féodale représentée ici par la famille qui porte le nom de Créquy et ses vassaux.

Faisons d'abord fi des légendes qui courent dans les généalogies plus ou moins officielles et qui font remonter les Créquy à un hypothétique Arnoul le Barbu qui vivait au temps de Louis le Pieux. Il s'agit là d'inventions du Bas Moyen-Age qui se voulait concrétiser les origines illustres - çà ce n'est pas impossible - de la famille seigneuriale. Il y a un décalage entre les généalogies anciennes et les textes, du moins jusqu'à la fin du XIIème siècle. Assez curieusement même, les fameux Gérard de Créquy qui aurait participé à la première croisade et même Raoul de Créquy, le héros de la romance ne figurent pas dans la documentation du XIIème siècle.

Et cependant, les Créquy, au XIIème siècle, apparaissent déjà comme un lignage assez puissant, assez nombreux, proche alliés - il s'agit probablement de la même famille - aux Collet de Beaurainville, lignage qui domine donc les vallées de la Planquette et de la Créquoise, étendant peut-être son emprise jusqu'à Contes - Les seigneurs de Contes sont des Créquy - jusqu'à l'Authie, lignage important pris entre le comté de Ponthieu et le comté de Saint-Pol, lignage qui aura donc de très sérieux problèmes dès les premiers tiers du XIIème siècle avec des voisins turbulents qui voudront amoindrir sa puissance, lignage qu'il faudra très souvent mettre au pas, comme ce fut le cas vers 1150 quand les membres de la famille de Créquy doivent être "terrorisés" par le puissant comte de Flandre pour abandonner toute vélléité offensive contre l'abbaye de Dommartin. Une belle famille donc, bien de son temps, famille turbulente, mais aussi généreuse et pieuse. On lui doit la fondation de quelques établissements religieux er vers 1100, un certain Ramelin de Créquy fonde l'abbaye de Ruisseauville qui sera rattachée bientot - en 1127 - à l'ordre des Augustins d'Arrouaise.

A la fin du XIIème siècle, l'on voit apparaître le premier membre de la famille de Créquy qui porte enfin le titre de seigneur. Il s'agit de Baudoin de Créquy, homme illustre s'il en est, allié à l'une des plus puissantes familles du Nord de la France, celle des châtelains de Saint-Omer, ce qui donnera à ses descendants une belle ascendance - comtes de Hainaut, de Flandre, Carolingiens - qui explique peut-être les tentatives ultérieures de rattacher les Créquy à la légende flamande et hennuyère. Baudoin est certes un seigneur avec lequel il faut compter. Mais déjà, on aperçoit les limites de sa puissance quand il plus ou moins dominé par le comte de Saint-Pol, qui organise alors son comté et rattache de fait cette importante seigneurie à sa juridiction. Son fils Baudoin figure parmi les pairs du château de Saint-Pol en 1232 ce qui indique qu'il est intégré désormais dans la hiérarchie féodale. Les successeurs de Baudouin, Philippe de Créquy, mort avant 1256, Baudouin III (1255-128?), la série des Jean (de Jean 1er à Jean III jusqu'en 1384 sont de loyaux vassaux des comtes de Saint-Pol et du roi de France et participent à toutes les luttes qui marquent cette époque à la tête d'une petite troupe de chevaliers et d'écuyers - une vingtaine de vassaux en moyenne à travers les différents rôles de troupes du XIVème siècle.

Il faut dire que le milieu du XIIIème siècle marque le début d'une longue période de décadence pour la fortune foncière des seigneurs de Créquy. Le lignage, en tant qu'institution, perd de sa puissance. Les Collet, les Contes vont désormais mener une existence autonome, l'origine commune étant rappelée par le même blason : le créquier, cet espèce d'arbre à sept branches qui pousse communément sur les rives de la Créquoise. Mais déjà, on démembre la seigneurie au profit de cadets de la famille. Torcy et Royon disparaissent ainsi du patrimoine initial avant le milieu du XIIIème siècle : ce sera bientôt le tour de Sains, de Wambercourt, de Planques, d'Avondances dans la deuxième moitié du siècle, peut-être même du Préhédré. Dans le secteur proche, la branche aînée ne dispose plus que des seigneuries de Créquy et de Fressin, à peine compensées par de bons mariages. Au XIVème siècle, la politique matrimoniale des Créquy leur procure cependant des biens en Picardie (seigneurie de Canaples). Cela se traduit par des difficultés financières. Les seigneurs de Créquy peinent à régler les dots de leurs filles et cela suscite des procès devant le Parlement à Paris. L'entente ne règne d'ailleurs pas entre les membres de la famille et une querelle navrante oppose les membres de la branche aînée à la branche cadette des de Créquy. Les problèmes relatifs à la famille Créquy, assez bien connus par des textes nombreux, illustrent parfaitement les difficultés générales qui ont marqué le XIVème siècle dans le royaume de France : guerre de cent Ans, épidémies, Peste Noire, dégradation climatique etc. Ces difficultés n'ont pas été sans atteindre le petit peuple créquinois, le seul témoignage en reste peut-être les retards apportés par le curé de Créquy à régler vers 1380 les impôts ecclésiastiques, signe que l'argent rentrait mal.

Les beaux siècles du Moyen-Age ont été une grande période pour l'histoire créquinoise et le témoignage en reste, sur le sol même de la commune, par la présence des vastes vestiges de l'ancien château-Fort des Créquy, près des sources de la Créquoise qui, par leur étendue, représentent l'une des plus importantes fortifications de la région

Autre témoignage de cette époque prestigieuse, mais d'ordre littéraire, la célèbre romance de Raoul de Créquy qui, retrouvée au XVIIIème siècle a donné naissance à une abondante littérature critique, dramatique, poétique et a suscité quelques opéras. Cette romance étudiée récemment par René Debrie et Pierre Garnier, est une composition poétique de 420 vers en pâtois picard - de la région de Créquy, fort au Moyen-Age - on pencherait pour une période plus tardive - mais elle est incontestablement d'inspiration médiévale et se rattache à la littérature fort productive des Croisades. Elle marque encore dans les souvenirs des Créquinois... Elle fut mise en musique vers la fin du XIXème siècle, probablement par Defourny, qui est également l'auteur de la musique de la Chanson de Surgeon.

La paroisse

La destruction des archives de l'abbaye de Ruisseauville est préjudiciable pour une connaisssance approfondie du Créquy médiéval et plus particulièrement pour l'histoire de la paroisse.

Rien ne filtre, aucun document, pour ces siècles qui furent, doit-on le rappeler des siècles de foi. Tout ne sera que supposition. Créquy apparaît bien constitué en paroisse, avec Torcy pour succursale, paroisse liée intimement à l'abbaye de Ruisseauville, et dépendante du doyenné de Fauquembergues. Les prêtres la desservant sont généralement des religieux de cette maison, puisque qu'ils sont des chanoines dépendant de l'ordre des Augustins d'Arrouaise. Autre point d'attache, la dîme que ces mêmes religieux perçoivent.

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