Créquy (Pas-de-Calais)

 

La Révolution

 

Il convient de détruire tout de suite une légende. La révolution fut relativement calme à Créquy et il n'y eut pas d'ardents révolutionnaires comme en secrétèrent parfois certaines communes du canton de Fruges. Notre village a subi plus qu'il n'a suscité. Cela veut dire qu'il ne se réjouit pas parfois de certaines réformes. En un mot, il vécut la révolution à son heure.

L'on connaît assez peu les débuts de la Révolution. En mars 1789, Liévin Demagny et François Petit sont désignés comme députés de la communauté et emportent sous leurs bras un cahier de condoléances qui ne nous est pas parvenu. On sait toutefois que les Créquinois récriminent contre les décimateurs - l'abbaye de Ruisseauvillle ; il faut dire que l'église avait besoin de réparations urgentes. Liévin Demagny, fils de Jacques-Philippe, poursuivra sa carrière de député jusqu'à Arras et participa à l'élection des huit députés d'Artois (dont celle de Célestin Fleury, voisin de Coupelle Vieille) qui se rendront en mai à Versailles et détruiront, avec beaucoup de sérieux et de détermination, l'Ancien Régime. A peine si la grande Peur suscite chez nous quelques échos, fin juillet 1789.

L'année 1790 voit se mettre en place les nouvelles institutions. Créquy est rattaché au canton de Fressin, district de Montreuil-sur-Mer, département du Pas-de-Calais. En janvier ou en février, une municipalité est élue, la première, sur laquelle nous ne savons rien. (Liévin Demagny a pu être maire, sans plus). On abolit les droits féodaux (se pose le problème des rachats) ; les biens de l'église de Créquy deviennent biens nationaux ; ils seront vendus en 1795 à de modestes créquinois - il faut dire qu'ils atteignent tout juste 20 mesures. En somme, tout va bien. En 1791, les citoyens actifs votent pour des grands électeurs - Leleu, arpenteur sera désigné - qui éliront à leur tour toute l'Assemblée Législative qui saura défendre les conquêtes révolutionnaires. A peine s'est-on aperçu ici qu'il y avait un problème religieux avec la Constitution Civile du Clergé que jure Grégoire Lemerchier, avec restrictions. Celui-ci durera aussi longtemps que durera le culte, jusqu'en l'an II, sans être inquiété par l'administration, mourra en 1800 au milieu de l'affection générale de ses concitoyens et gardera l'estime du clergé du XIXème siècle qui l'a peut-être considéré comme réfractaire.

De 1792 à 1794, Créquy subit à son niveau le poussée révolutionnaire. Peu importe le changement des institutions. Les élections de 1792 désignent ici Liévin Demagny comme maire. 1793 reste une année difficile, surtout la première moitié avec une affaire de banditisme - l'affaire  Derolez, à la tête d'une troupe de chauffeurs attaquent une ferme de Sains-les-Fressin et seront condamnés aux galères - avec les réquisitions continuelles en hommes et vivres, à cause d'une guerre qui se rapproche, avec les effets d'une crise de subsistances qui entraîne un contrôle assez rigoureux des récoltes par le gouvernement révolutionnaire qui sait se montrer très efficace et coercitif.

La Terreur n'a pas d'effets funestes à Créquy et ne se manifeste que par la mise en place de quelques institutions caractéristiques, un comité de surveillance de sept membres dominé par la personnalité d'Alexandre Boudry, un bon laboureur, et un agent national, véritable représentant du pouvoir exécutif dans la commune, en les personnes de Julien Bourbiez, un maréchal - ferrant et de Jean-Baptiste Merlen élu le 10 pluviôse an II. Le Pouvoir local descend peut-être, par instants, jusqu'aux classes moyennes de la société créquinoise, mais ne peut guère y rester même au temps de la Terreur.

Cette période est marquée aussi par l'intensification de l'effort de guerre et la victoire et surtout par des mesures anti-religieuses assez spectaculaires.

La chute de Robespierre qui intervient fin juillet 1794 marque la fin de la Terreur, mais disons-le tout de suite, le village n'a jamais suscité de problèmes à l'administration et n'en suscitera jamais jusqu'à la fin de la Révolution et même au-delà. Faut-il voir là l'indice d'un certain conformisme politico-administratif qui saura d'ailleurs se perpétuer ?

Quoi qu'on puisse en croire, la règle des Thermidoriens n'annonce pas un temps de facilités pour le village de Créquy. La crise économique sévit durement et ses effets les plus manifestes se caractérisent par la prolifération des vols de bois dont se plaignent à l'administration les propriétaires (Demagny Jacques-Philippe et autres qui ont pu réaliser auparavant et encore jusqu'en 1795 de substantiels profits en alimentant et l'armée et la marine). Pendant l'hiver 1794, on est obligé de recourir à la taxation des céréales, la municipalité de Créquy a des difficultés de trésorerie et les Créquinois doivent encore satisfaire à quelques réquisitions. Janvier 1795, une centaine de Créquinois recevront des secours au titre de la bienveillance nationale. Entre-temps Alexandre Boudry a remplacé Merlen en tant qu'agent national de la commune.

Le directoire (1795-1799) est une période assez curieuse de notre histoire, tout en contrastes, avec une république qui cherche son équilibre. La guerre continue mais s'éloigne et vers la fin, on établie la conscription. Le premier conseil de révision nous permet de dresser un état de santé de la jeunesse créquinoise. Elle ne paraît guerre brillante, et ce n'est pas sûr que ce ne soit pas la réalité. La question religieuse connaît des fortunes diverses au gré des circonstances politiques. Le culte est parfois toléré, parfois réprimé. Les réfractaires s'organisent et les Créquinois bénéficient de leurs services. Créquy n'est plus municipalité, puisque l'on a institué les municipalités de cantons. Jacques-Philippe Demagny, Jean-François Bracquart représentent alors les intérêts de la commune à l'assemblée de Fressin. Le village est peut-être divisé sur le plan politique. Jacques-Philippe Demagny représenterait plutôt la tendance modérée: c'est un notable. Alexandre Boudry, un autre notable, est plus franchement républicain, ainsi que les anciens membres du Comité de surveillance. On constate ces faits quand on consulte les procès-verbaux d'élections de la période.

En 1799, on procède à la vente de l'église, racheté par Solon d'Arras à l'exception du clocher, mais une pétition est envoyée à l'administration signée par les principaux notables du village, toutes tendances confondues. L'église ne sera donc pas détruite.

Le Coup d'Etat inaugure une ère nouvelle. Les réformes consulaires (1800-1802) sont importantes; Créquy redevient municipalité - Denis Demagny frère de Jacques - Philippe (on ne sort pas de la famille) devient maire. La commune fait partie désormais du canton de Fruges et de l'arrondissement de Montreuil. Le concordat rétablit la paroisse où est nommé Tilliette, ancien vicaire de Créquy et qui avait été réfractaire

 

 

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