Créquy (Pas-de-Calais)

 

Le temps du village plein (1800-1851)

 

I. Economie et société

La population créquinoise continue d'augmenter. 964 habitants en 1790, 1479 habitants en 1846, temps du maximum démographique du village. Cette situation peut paraître étonnante quand on sait que c'est à vers 1830 que la plupart des communes purement rurales du Haut-Pays ont amorcé leur déclin et dans l'environnement immédiat de Créquy, c'est bien avant, vers la fin du Premier Empire. Créquy reste donc un point de croissance démographique dans un milieu en voie de dépeuplement. C'est évidemment original.

Les comportements démographiques en sont certes la cause. La natalité resta à haut niveau. Elle atteint encore des taux de 35 pour 1000 jusqu'en 1835, c'est-à-dire que le mouvement de baisse enregistré à la fin du XVIIIème semble a été enrayé, un temps. La mortalité est toujours en dents de scie, avec quelques années mauvaises, mais elle descend parfois en dessous de 20 pour 1000 (période 1825-1830) et ne s'élève guère au-dessus de 26 pour 1000. La progression démographique peut donc s'expliquer, jusqu'en 1835, par un mouvement naturel, un excédent de naissances largement positif, et mieux, à l'encontre de bien d'autres communes, Créquy garde ses habitants. N'y sévit pas encore l'exode rural. La crise du milieu du siècle (1846-1851) allait provoquer de nombreux départs. Mais l'essentiel est de constater que jusque dans les années 40, Créquy est parvenu à garder sa population, en dépit d'un territoire agricole exigu (0,9 ha par habitant en 1846 de surface agricole contre 1,2 ha en moyenne pour le canton de Fruges).

C'est l'agriculture qui joue le rôle prédominant (39 % de la population active), contre 28 % à l'artisanat, 27 % au commerce et au colportage, 6 % aux services divers (fonctionnaires communaux, musiciens, clergé, etc...). En somme, une population assez diversifiée dans ses occupations.

L'agriculture reste routinière mais on peut mieux la suivre (enfin) à travers les premières statistiques. C'est toujours la culture des céréales (blé, méteil, seigle, avoine). L'orge se développe. Les pommes de terres apparaissent (une quarantaine d'hectares en 1836). L'élevage se développe : en particulier celui des bovins (plus 60 % entre 1808 et 1841) et des ovins (70 %). Créquy reste le pays des moutons que satisfait la vaine pâture. Il faut signaler que les rendements restent faibles, à peine 10 quintaux à l'hectare en 1841. Cette production suffit donc à peine à nourrir une population créquinoise en sur-nombre, dans les meilleures années.

Il a donc fallu développer les solutions entrevues au XVIIIème siècle, à savoir le colportage et l'artisanat du bois. La fabrication de louches, balais se poursuit bon train. Une trentaine de familles s'y consacrent. Innovation riche d'avenir, mais encore peu développée avant les années 40 : le tour qui permettra bientôt de développer la production d'objets en bois en y incluant la fabrication de robinets. Une foule donc de plus en plus importante de colportaeurs (75 en 1846) vit à Créquy ou plutôt s'en va vivre ailleurs dès le printemps venu, essayant de vendre les productions artisanales créquinoises, à côté de bien d'autres objets et en particulier des pipes de Fruges.

Signalons que d'autres artisanats traditionnels se maintiennent, comme le bûcheronnage, les scieries - c'est bien normal, mais peut-être aussi le textile et le cuir. Cet artisanat assez divers n'est pas étranger à la prospérité de certains artisanats de service qui équipent et la boissellerie et l'agriculture, comme la maréchalerie. La maréchal-ferrant reste ou devient un personnage important de Créquy, un petit notable. Le bâtiment va aussi bon train, devant l'essor démographique et le développement du village. Celui-ci atteint sans-doute alors sa plus grande expansion. Des nouveautés cependant ? L'apparition des maçons qui montre que la brique concurrence déjà le torchis traditionnel.

Economie encore traditionnelle certes qui ne peut répondre à l'accroissement de la population que par un développement intensif de l'artisanat et surtout du colportage, aboutissement d'une solution apparue au XVIIIème siècle, mais il faut reconnaître qu'au delà des chiffres et des évolutions, cette économie peine à faire vivre son petit monde - comme l'économie industrielle qui se développe par ailleurs et qui n'apporte pas le bonheur aux classes laborieuses. Le paupérisme rural existe à Créquy et est un problème, difficile à résoudre : le nombre de pauvres s'est développé considérablement : 200 familles peut-être en 1846 figurent parmi les journaliers, les colporteurs - tous ne sont pas forcément pauvres - , des fabricants de louches, des tisserands, etc... Parmi elles, une centaine peuvent être classées certaine année parmi les indigents. Le chômage, la crise les guettent. Au-dessus, on trouve une centaine de familles. Une soixantaine forment la classe moyenne avec ses ménagers, ses artisans moyens (maréchaux, maçons, etc..), ses cabaretiers, des fonctionnaires moyens. Le haut de la société créquinoise est formé d'une quarantaine de familles, les propriétaires bien sûr, mais ceux aussi qui portent désormais le beau titre de cultivateur, plus quelques commerçants et quelques fonctionnaires. Mais quoi qu'il en soit, cette société du XIXè siècle, à Créquy comme ailleurs, est dominé par des notables dont c'est l'âge d'or.

II.- Etat, commune et paroisse

Le Créquinois moyen vit maintenant dans le cadre privilégié d'une commune qui fait partie de tout un système administratif rationnel, hiérarchisé qui le rattache à l'Etat.

L'Etat se fait plus pressant, achevant la centralisation commencée au temps de l'absolutisme. Les Jacobins, Napoléon Premier, leurs successeurs l'on développée. Créquy reçoit les pulsations de cet état, par l'intermédiaire d'une administration qui se renforce tout au long de la période - et dont les antennes se développent jusqu'à Fruges (gendarmerie, contributions, enregistrement, justice de paix), par l'intermédiaire des impositions - cela est traditionnel, mais le système semble plus rationnel - par l'intermédiaire aussi des servitudes militaires. Aux levées en masse de la période révolutionnaire a succédé la conscription aux effets parfois rigoureux. Ce développement de l'état, cette émergence de la nation a ses répercussions jusqu'aux Créquinois, mais l'intégration est parfois bien difficile. Témoin en est la désertion qui sévit jusqu'au village même surtout à certaines époques de l'ère napoléonienne (1805, fin de l'Empire). Mais bien des Créquinois sauront mourir, surtout dans les hôpitaux, pour la gloire de Napoléon. Quelques "vieux débris" de l'Empire feront valoir leurs états de service en 1857 pour obtenir la Médaille de Saine-Hélène.

Autre cadre en voie de reconstitution, la paroisse, sortie ébranlée de la période révolutionnaire. Le Concordat a été bien accueilli. Trois curés se succèdent à Créquy, Maxime Tilliette, rescapé de la tourmente (1802-1833), l'éphémère Pruvost (1832-1834), l'abbé Delattre (1834-1869). L'oeuvre de ces prêtres est importante, début de la restauration de l'église qui en avait bien besoin, christianisation du paysage avec l'implantation de calvaires et de chapelles, animation de la vie paroissiale, reconstitution de la fabrique.

III.- La domination des notables

La première moitié du XIXème siècle est l'âge d'or des notables, encore faudra-t-il s'étendre sur la définition, complexe, de ce terme.

Car ce sont eux qui jouent le rôle prédominant, qui assurent la liaison entre les Créquinois et la nation et l'administration. Leur action s'exerce à tous les niveaux de la vie communale et paroissiale. Ils dominent la société créquinoise. Il s'agit cependant d'un groupe difficile à cerner. La hiérarchie des notables est certes fondée sur la fortune, mais déjà apparaissent les talents, intellectuels, administratifs, parfois artisanaux. Il est donc des niveaux dans le groupe des notables, suivant les responsabilités. Ici, pas de grands notables qui jouent un rôle dan sla vie nationale. Peut-être le propriétaire du bois de Créquy bien étranger à la communauté peut-il encore animer, en certains moments de l'année, le vie créquinoise par les chasses qu'ils organisent. Certains fermiers sont redevables d'une part du sol créquinois à des notables urbains tout comme au marquis d'Humeroeuille qui ont récupéré le Bois Habart. Influences extérieures non décisives.

Créquy a cependant ses notables des collèges électoraux, Alexandre Demagny, Jean-François Leleu sous l'Empire, un cercle plus large à la fin de la monarchie de Juillet, six en 1846, dont Jean-Baptiste Merlen, le plus riche apparemment, trois Boudry er Jacques Dufourny, propriétaire du château. Ceux-ci désignent députés et conseillers généraux et il est assez difficile de connaître leurs opinions.

Mais il est notables d'influence locales, ceux que l'on vient de citer certes, mais aussi tous ceux qui peuvent disposer de quelques fortunes et déjà les talents, parmi lesquels on remarque les Bracquart, descendant d'instituteurs, et les maréchaux-ferrants au contact avec toutes les couches de la population créquinoise. Ce sont ces notables, cercle assez élargi, qui président aux destinées de la commune, qui figurent dans le conseil municipal et encore dans le conseil de fabrique. Parmi eux, l'administration, depuis le Consulat, désigne les maires et les adjoints.

Le premier maire de Créquy de XIXème siècle fut le marchand de bois Denis Demagny, oncle de Liévin Demagny. Il durera jusqu'en 1820. A cette époque, fut désigné Louis Brebion. Je n'ai pu savoir s'il s'agissait d'une décision politique suite au durcissement du régime issu de la Restauration. A cette époque, un Boudry avait été pressenti, qui refusa, sa famille n'étant pas d'accord. En 1827, François Boudry le remplacera, mais la Monarchie de Juillet désignera en 1831 Auguste Demagny, fils de Denis, qui durera jusqu'en 1858. A quelques exceptions près, les maires et adjoints (Masse, Boudry, Alexandre Bracquart) appartenaient aux familles qui avaient joué un rôle sous la Révolution. Les conseils municipaux désignés jusqu'en 1831, élus ensuite par le dixième de la population, étaient principalement ouverts aux cultivateurs et aux propriétaires (Demagny, Flory, Bracquart, Bally, Cazier, Courtin, etc...). La réforme électorale de 1831 l'ouvrit peut-être aux maréchaux, Henri Demagny, puis Augustin Desombre. Signalons que les notables étaient représentés dans une autre institution qui regroupait nombre de Créquinois, la Garde Nationale, où ils tenaient généralement les fonctions électives d'officier (Dufourny, capitaine en 1843). Quelques procès-verbaux d'élections laissent apparaître certains clivages au sein de cette société.

La question des chemins pouvait être fort préoccupante dans cette moitié du XIXème siècle. On se plaint amèrement de leur manque d'entretien dans les années 30, dans le Journal de Montreuil, où l'on dénonce l'incurie à ce sujet de la municipalité - sans doute quelques règlements de compte entre notables - et même, la commune a une vilaine affaire sur les bras vers 1840, suite à un accident survenu à un particulier de Rimboval. Vers la fin de la Monarchie de Juillet, la commune va pouvoir entreprendre l'amélioration du réseau vicinal, suite à la loi du 21 mai 1836. De même, elle se préoccupera des chemins de grande communication. On songera à créer la future nationale 343, mais surtout les chemins de grande communication d'Hesdin à Coupelle-Vieille (D.155 actuelle) et de Fruges à Beaurainville (D.130). Les notables voulaient sans doute sortir le village de son isolement et le rattacher à la circulation générale.

Mais le plus grave des problèmes reste celui de la misère. La population vit en majorité dans la pauvreté. L'indigence est fréquente et il convient de secourir, parfois, les familles les plus malheureuses (sous forme d'aide à l'enseignement après la loi Guizot). Les crises économiques sont parfois en bandes. En 1817, la gendarmerie de Fruges doit venir les désarmer. Pendant l'hiver 39-40, c'est le sous-préfet de Saint-Omer qui se plaint de leur présence dans des communes de son arrondissement. La crise de 1846-47 est autrement dramatique et la municipalité tente de faire quelque chose. Des secours extraordinaires sont votés en 1847, suite à l'installation d'un bureau de bienfaisance (arrêté préfectoral du 31 Juillet 1846). Les budgets des années 1847-1848 consacreront au moins 60% de leurs ressources aux secours pour les pauvres.

IV.- LA CRISE DU MILIEU DU SIECLE (1846 - 1851)

Cette crise est d'abord économique : c'est une crise qui est encore du type "Ancien Régime". Nous avons évoqué dans nos précédents articles les difficultés rencontrées par le monde créquinois, après les médiocres récoltes de 1845 et de 1846. Cette crise s'accompagne d'un chômage important dans le monde de la petite industrie, de l'aggravation de la misère, de la mise en place, pour y remédier, d'un bureau de bienfaisance et le vote de secours importants en faveur des pauvres. Mais cette crise révèle le profond déséquilibre d'une économie particulière impossible de satisfaire, de faire vivre un nombre croissant de pauvres. Elle a une conséquence importante : l'accélération de l'exode rural.

La crise démographique : 1479 habitants en 1846, année du maximum démographique, 1350 habitants en 1851 : la crise démographique se solde par une perte de plus de cent habitants, près de 8% de la population et prend de ce fait des allures de catastrophe. Pendant ces cinq années cruciales, le mouvement naturel est négatif (perte de 20 habitants) : les décès dépassent le nombre des naissances. Quelques années, comme 1849, sont particulièrement mauvaises, quand sévit une épidémie meurtrière, la suette miliaire. Mais ce qui est remarquable, c'est que plus de cent habitants ont quitté le village, soient vingt par an. L'exode rural pointait dès le début des années 40, mais n'avait jamais pris ces proportions. La crise au milieu du siècle amorce un long mouvement de déclin démographique, qui aura éventuellement ses rémissions, mais qui n'est pas encore achevé de nos jours.

Le 23 et 24 février, PARIS a de nouveau la fièvre et la révolution renverse la Monarchie de Juillet qui tombe sans coup férir, et instaure la Deuxième République et son corollaire, le suffrage universel. Nous ne pouvons pas savoir comment les Créquinois ont vécu l'évènement, faute de sources. Il n'y eut pas de manifestation sensible, sans quoi les archives, la presse en aurait gardé trace.

Il y eut ralliement probable : une tradition, que je n'ai pu vérifier, rapporte qu'on planta au Parquet un arbre de la Liberté. Après tout, en 48, on ne faisait que suivre ce qu'il se passait à PARIS, habitude prise depuis 1789. On subissait, au fin fond de nos campagnes, l'évènement.

Le mois de mars est toute effervescence. On prépare en effet les élections à la Constituante qui se dérouleront, pour la première fois depuis le référendum du 14 juillet 1793, au suffrage universel. Le peuple créquinois est bien sûr inexpérimenté en la matière. On ne lui avait jamais demandé son avis. Il est soumis à la propagande des divers partis qui demandent ses suffrages.

Les élections se dérouleront à FRUGES, chef-lieu de canton, le 23 avril. Forte participation - 83 % de votants dans l'arrondissement de Montreuil. Les Créquinois ont à choisir entre plusieurs listes, une liste républicaine des plus modérées, conduite par le journaliste arrageois Frédéric DEGEORGE, dans laquelle se camouflent quelques conservateurs bon teint, une liste dite d'action libérale, volontiers conservatrice, voire réactinnaire, les candidats proposés par les clubs et de multiples candidatures individuelles, dont la plus proche est celle d'un certain de BRANCQUART, originaire de ROYON. Les résultats, au niveau du canton de FRUGES, osnt des plus mitigés. Les voix se sont partagées entre les républicains et la liste d'action libérale. Devant le flou des opinions, l'e manque d'éducation politique des paysans du cru, les Créquinois, comme la grande masse des Français, ont voté pour une république aux contours imprécis.

Il n'en reste pas moins que les Créquinois n'ont guère été unanimes dans leurs choix. En mai 1848, on renouvelle l'état-major de la Garde Nationale, cette vénérable institution du XIXème siècle. Les dernières élections avaient eu lieu en octobre 1843. Le corps électoral est plus large (298 noms), mais seuls 61 votants se déplacent. Pour certaines charges, il faut bien avouer que l'élection est très disputée. Hector BRACQUART, élu capitaine, n'obtient qu'une voix de plus que Jacques DUFOURNY, capitaine sortant. Les officiers élus seront Jacques BRACQUART, lieutenant, Alphonse DEMAGNY, sous-lieutenant ... On a gardé en gros le même personnel qu'en 1843, mais avec redistribution des grades.

Année difficile cependant que cette année 1848. La République, pour résorber la crise financière a dû instituer l'impôt des 45 centimes. Dans le Pas-de-Calais, l'impôt est bien recouvré. A CREQUY il en est de même, en dépit de quelques difficultés. Le 5 juin, le Maire, Auguste DEMAGNY en avise le sous-préfet de MONTREUIL : "L'impôt des quarante-cinq centimes est presque rentré dans ma commune, mais il reste une portion d'habitants à qui il sera tout à fait impossible d'acquitter cette contribution".

Il se plaint en outre qu'une foule de malheureux vient chaque jour l'assaillir de ses réclamations. C'est que la situation économique n'est guère bonne ; la crise a été relancée par les évènements. A PARIS, elle suscite les terribles journées de juin : révolte de la misère, écrasée par le général CAVAIGNAC, un républicain.

Juillet 1848, voici bientôt venu le temps de la moisson : une fois encore, les Créquinois sont appelés à se rendre aux urnes, pour élire une municipalité, affaire qui devrait les concerner très directement. Or, à peine la moitié des électeurs se déplace. Lassitude devant des élections à répétition ? Manque d'intérêt pour les affaires municipales ? Peut-être pas. N'oublions pas que c'est l'été et que nombreux sont les Créquinois qui sont sur les routes en train d'écouler les maigres productions de l'industrie créquinoise. A cause de cela, le problème de l'abstention sera pour longtemps structurel dans cette commune. Il faut deux tours, le 30 juillet pour élire douze conseillers municipaux. Huit "sortants" sont réélus : Jacques DUFOURNY, Auguste DEMAGNY, Joseph BALLY, Henry DEMAGNY, Pierre-Joseph BREBION, Augustin DESOMBRE, César FLORY, Alexandre BRACQUART, soient six cultivateurs ou propriétaires et deux maréchaux. Quatre nouveaux élus : Denis BOUDRY, propriétaire, Boniface BAUDEL, cultivateur, Sylvain GUFFROY, cabaretier, Ambroise COACHE, boulanger. Il est difficile de déterminer l'impact politique du suffrage universel, une ouverture vers les classes plus modestes. On soulignera, parmi ces nouveaux élus, la signature malhabile d'un Ambroise COACHE, qui semble à peine maîtriser l'alphabet. Un mois plus tard, Auguste DEMAGNY sera confirmé dans ses fonctions de maire et Denis BOUDRY sera nommé adjoint.

A l'automne, le Conseil Municipal se préoccupe fortement de l'amélioration des chemins vicinaux. Ils sont dans un état déplorable, constate-t-on, et l'on pense que leur réfection permettrait de soulager, en leur procurant du travail, les quelques soixantes ouvriers qui se trouvent sans travail et sans pain.

Mais peu à peu, les nouvelles institutions se mettent en place et en décembre, les électeurs créquinois sont invités, une fois de plus, (c'est la cinquième fois de l'année), à se rendre aux urnes pour élire le président de la République Française. Parmi les cinq candidats qui se proposent au suffrages des Français, il apparaît que deux d'entre eux seulement ont des chances sérieuses : le modéré républicain CAVAIGNAC, à qui l'ont sait gré d'avoir si bien réprimé l'insurrection parisienne de juin et qui a le soutien des républicains de DEGEORGE, voire du clergé, et un candidat pratiquement inconnu, mais qui porte un grand nom, le prince Louis-Napoléon BONAPARTE, neveu de l'Empereur. Celui-ci devient, dans les débuts de décembre, le candidat du parti de l'ordre, mais il ne fait certe pas l'unanimité parmi l'opinion de droite et le curé FROMENTIN de FRESSIN, quant à lui, préférerait CAVAIGNAC.

L'élection du 10 décembre est en quelque sorte une surprise. Pour le canton de FRUGES, BONAPARTE recueille plus de 80% des suffrages. C'est un raz de marée. Il apparaît donc que le Canton - et donc CREQUY - a voté pour l'ordre, mais pas pour n'importe quel ordre, pour celui qui lui garantit les conquêtes de la grande révolution ...Le bonapartisme est bien accepté donc par les Créquinois et connaîtra dans le village quelques belles années. Il est sans doute ressenti comme un garant de l'ordre et de la révolution. L'on accepte du même pas le rétablissement de l'empire, à l'exception peut-être de l'abbé Delattre, curé de la paroisse.

 

La première moitié du XIXème siècle marque pour le village de Créquy l'apogée d'une certaine forme de société que l'on a vu se développer à partir du milieu du siècle précédent. Cette société se caractérise par un équilibre, dans la répartition numérique (pas dans les fortunes), entre les gens vivants de la terre, les artisans aux métiers très divers et les colporteurs, nécessité vitale pour une économie incapable d'assurer la subsistance d'un monde en continuelle l'expansion. L'on sent bien que cette société est arrivée, vers le milieu du siècle, à son point de rupture. Le système économique, solution peut-être jusqu'ici satisfaisante, n'est en effet capable que de secréter un nombre plus important de pauvres et ne peut, en aucune façon, améliorer leur sort. Trouver donc de nouvelles solutions est la question vitale qui se pose pour le Créquy du milieu du XIXème siècle.

Documents 1800-1851

 

 

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