Créquy (Pas-de-Calais)

 

Les Marneurs

André Accart, d'après le témoignage d'Albert Moncomble

         Raymond Moncomble, petit artisan, à moitié ouvrier agricole, exerçait la profession de marneur. Si, à notre époque, on rencontre encore quelques carrières de marne en activité, en cette fin du XIXème ou début du XXème siècle et surtout à Créquy, il fallait se débrouiller sur place. Ainsi on limitait les problèmes de charrois que les cultivateurs n'étaient pas toujours décidés à faire eux-mêmes.

            Les terres qui requerraient cet apport de calcaire étaient des terrains trop gras, avec un excès d'argile et réclamant cet épandage pour retrouver une consistance plus légère et une granulométrie suffisante pour lui permettre de s'aérer pour fixer l'azote. Quand on avait besoin des services du marneur, parfois assez loin jusque Verchocq, celui-ci pour se faciliter la tâche, procédait à quelques sondages dans le champ concerné. Pour cela, il utilisait de longues tiges métalliques de 2 à 3 m.

            Ainsi avait-il pu déterminer quelques endroits favorables où la couche de marne était bonne et surtout pas très profonde. Il ne lui restait plus qu'à préparer le puits pour atteindre cette pierre tant recherchée. Au début, il suffisait d'étaler aux alentours la couche de terre arable et la mauvaise terre en creusant ce puits pour le passage d'un homme et du panier qui servira à remonter cette marne désirée.

            Dès que la couche était atteinte, le puits s'élargissait jusqu'à prendre une forme de poire pendant que la marne chargée dans un grand panier d'osier ([1]) assez plat (environ 20 cm de hauteur pour un diamètre d'environ 1 m). Le treuil installé au sommet sur l'ouverture en permettait l'évacuation. Là-haut, un deuxième ouvrier qui avait d'abord manoeuvré à la manivelle, chargeait une brouette pour aller étaler la marne à travers le champ. En moyenne il fallait deux paniers pour remplir une brouette.

            Les deux ouvriers se relayaient de temps en temps surtout à cause de la température ambiante. Ces travaux avaient lieu l'hiver et il gelait souvent, mais l'ouvrier qui était dans le puits bien à l'abri était "à l'ducasse" par rapport à l'autre.

            La plupart des marneurs travaillaient simplement au cubage. La craie était stockée en tas de 50 cm de hauteur près du puits et c'est le cultivateur qui se chargeait de l'épandage. Une grande partie des fermiers préféraient travailler ainsi, car ils n'étendaient que le dosage nécessaire. Si cette tâche était confiée au marneur, ce dernier avait souvent le défaut de surdoser, après tout, il était payé à la tâche. Malheureusement, ceci était souvent néfaste aux futures cultures.

            Bien sûr, un seul puits était rarement suffisant et pour éviter d'étayer et parer aux risques d'éboulement, le marneur préférait creuser d'autres puits dans le champ.

            Quand le travail était terminé, le marneur ne comblait pas toujours son trou, il suffisait d'en obstruer l'orifice avec quelques planches, de faire un grenier ([2]). Mais cette pratique était dangereuse car le bois pourrissait et il arrivait souvent que le puits s'effondre. Aussi la plupart du temps on comblait le puits ; on commençait par l'ébouler avec des barres puis on remettait par dessus la terre qui avait été enlevée au début du travail. Malgré tout, il subsistait un trou, un "faux put".

             Dans le cadre de leur travaux saisonniers, ils descendaient jusque Paris pour faire la moisson. Le mari partait avec la faux à l'épaule et la femme sa faucille pour faire les bottes ou gerbes. Au fur et à mesure ils remontaient vers le nord suivant ainsi le moment de la récolte qui s'étalait avec l'ensoleillement et les contrats des cultivateurs. Au printemps et à l'automne, c'étaient les betteraves, le "découpage" et la récolte.


[1]- Souvent ces paniers étaient faits par le marneur lui même qui tressait des harchelles recueillies dans les bois.

[2]- Ces puits de marne pouvaient atteindre 8 mètres de profondeur. La technique du grenier était surtout employée par des marneurs de Senlis qui évasaient beaucoup moins leur puits. Mais ceux-ci perdaient beaucoup de temps dans leur travail et leurs puits pouvaient aller jusqu'à 15 m de profondeur.

 

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