Créquy (Pas-de-Calais)

 

Les métiers du bois

Les charbonniers

            Il y avait à Créquy en 1846, une dizaine de charbonniers professionnels. Ces gens-là faisaient des meules de bois en cône, d'environ une vingtaine de stères de bois de chauffage, (ce que l'on appelle aujourd'hui la charbonnette). Cette meule était bien arrangée avec le bois placé à la verticale et était recouverte de terre ; on laissait une ouverture dans le haut afin d'évacuer la fumée, quelques trous sur le pourtour dans le bas pour l'allumage ; c'était tout un art, il fallait faire très attention de ne pas consumer, mais d'arrêter ou de fermer les ouvertures du bas quand le bois était carbonisé. Quand le tout était carbonisé, il n'y avait plus qu'à attendre le refroidissement et mettre le charbon de bois en sacs pour le vendre aux restaurants, au tailleurs pour chauffer leur gros fer, aux fabricants de briques pour démarrer la meule ; j'ai connu un vrai charbonnier, le Père Machu de Rucqfort, mort avant la guerre 1940 à 92 ans qui me disait qu'il avait du mal à marcher car ses pieds étaient à moitié cuits d'avoir toujours fait des meules de charbon de bois.

 

Les tonneliers

            En 1846, il y avait 3 tonneliers à Créquy. A l'époque, le tonnelier fabriquait des fûts pour le cidre, ou des saloirs pour la conservation de la viande de porc. Le tonnelier faisait aussi des petites cuves pour le lavage du beurre, ainsi que des levrettes, petites boîtes en hêtre de forme rectangulaire avec un motif dans le fond qui était la marque du producteur.

 

Les charpentiers

            Les charpentiers n'étaient pas nombreux, je n'en dénombre que cinq, d'une moyenne d'âge de 45 ans, je suppose qu'ils avaient des compagnons, ainsi que des apprentis.

Les faiseurs de balais

            Ces baletiers, pour une somme modique avaient le droit de couper les basses branches autour des jeunes bouleaux dans la forêt de Créquy. Ces branchages de bouleaux mis auprès du feu de bois devenaient plus souples. Pour leur donner la forme primitive du balai, il suffisait de les enrouler dans des lattes (jeunes branches de noisetiers fendues et assouplies au feu), et de serrer assez fort afin de faire un beau balai en bois ; cette variété de bois servait surtout pour les balayages durs (cours et étables). Pour la maison, il y avait le genêt et le sorgho.

            La bonne servante (Victorine Flory) qui a été 40 ans à la maison au moins 3 jours par semaine, me racontait que dans sa jeunesse, étant mariée à Bénoni Sagot, elle allait livrer la production de son mari à Montreuil/Mer (30 km). Elle faisait la route avec une petite voiture à bras, et un chien qui l'aidait dans les côtes ; cela lui faisait quand même 60 km en tout dans sa journée, chaussée de souliers que l'on appelait galoches (semelles en bois ferrées). Quand elle me racontait ses voyages, elle me disait que la côte à l'entrée de la ville était dure à grimper.

 

Les métiers divers de la boissellerie

            Il ne faut pas croire que le métier de colporteur ne concernait que la vente d'article en bois ; il y avait à Créquy vers 1900 au moins une vingtaine de tours pour bois ; par exemple, avant 1900, le robinet en bois n'existait pratiquement pas, il était devancé par un article en bois de forme conique et troué sur toute sa longueur ; dans ce trou, on poussait une fiche en bois conique qui assurait la fermeture ; cela s'appelait à l'époque une champerolle ; le robinet vint ensuite ; il était sûrement supérieur.

            Voir faire un robinet en bois par un tourneur était un régal pour les yeux. Il y avait des artistes en la matière, et en moins de deux, sans pied à coulisse, la forme était faite ; pour la canette, il fallait faire un cylindre dans un bouchon de liège pour la loger.

            Je me rappelle, vers 1914, avoir acheté des déchets du bouchon, c'est-à-dire le petit bouchon qui tombait du gros ; on en avait 5 pour 1 sou chez le père Cacou ; avec cela, il nous tournait un bout de bois percé à la dimension de notre petit bouchon, et nous avions ce que l'on appelait une "bucquoire" ; un bouchon en haut et un bouchon en bas et en poussant avec un bout de bois, cela faisait une compression et claquait comme un coup de feu, cette bucquoire permettait aux fabricants de robinets de récupérer quelque argent ; j'ai encore retrouvé dernièrement une bucquoire à la maison.

             Les faiseurs de louches faisaient aussi des pilons pour faire de la purée et écraser le pâté et différentes choses ; en patois cela s'appelait un ladré.

             Il y avait des fabricants de jougs, nom de Créquy et ses environs ; dans d'autres régions, il s'appelait "baclet". Ce morceau de bois de forme rectangulaire avait une demi-couronne au centre épousant la forme du cou ; les fabricants creusaient dessous pour épouser la place des épaules, à chaque bout, le tourneur faisait un bout arrondi de 24 cm environ ; à l'extrémité de chaque bout, il y avait un trou de 8 mm environ pour passer une corde ; au bout de cette corde, un crochet qui servait à accrocher l'anse du seau ; de sorte que le poids se répartissait sur le sommet de l'épaule et de la main. Il n'y avait pas de fatigue à porter 20 ou 30 litres d'eau. Quand je vois aujourd'hui de braves fermières traîner leurs grands pots de lait, dans des cours mal pavées, je pense que le joug leur serait encore d'une grande utilité.

             Les tourneurs faisaient aussi des bondes pour fûts, les secrets pour les pompes à eau, les manchons en bois pour les charrues, les manches de serpes, et bien d'autres petites choses en bois. Ils utilisaient pour cela le bois tendre (peuplier, tremble, sycomore, aulne) ; tout cela représentait une vingtaine de tours au bois dans le village.

 Les écailleurs ([1])

            Il faut aussi vous parler des écailleurs de bois. 12 ménages vivaient de cette profession, dont je n'ai aucune connaissance. Il s'agissait des fendeurs de bois spécialisés dans ce métier. C'était un art, car il fallait du beau chêne sans noeud. Ils devaient faire des planchettes de différentes longueurs et de même épaisseur, avec ces planches, on faisait des tuiles pour couvrir les toits, comme cela existe encore en Autriche, où les églises-clochers sont encore couvertes en bois de pin et peinte en rouge.

            De ces planches, on pouvait faire des bahuts comme j'en ai encore un à la maison ; on voit encore les coups de hachette en forme d'écaille dans le dos. De chaque côté, il y avait une porte et le centre était occupé dans le bas pour faire un berceau ; le dessus du berceau était en général une planche écaillée où l'on mettait quelques objets décoratifs.

            Toutes les planches pour tonneaux, cuviers, saloirs étaient fendues à la main comme les portes en bois et les bois pour menuiserie, etc... Il n'y avait pas de scieries à cette époque tout au plus deux scieurs de longs pour les grosses pièces. J'ai encore vu en 1913, un écailleur, que l'on appelait un faiseur de planchettes, Mr Santerre de Royon ; il est venu chez nous pour une journée avec un gros marteau et une lame en acier assez longue ; c'était un véritable artiste : en une journée, il a fait un tas de planches et planchettes de la hauteur d'un homme ; c'était un régal de le voir travailler. On aurait dit que ça se faisait tout seul. L'été, il partait encore pour un mois à la tonnellerie Motte Cordonnier à Armentières (je crois) pour fendre des planches à fûts.

voir aussi le témoignage de J. Lefebvre (1943)


[1]- Ce terme d'écailleur ne figure pas dans les dictionnaires de 1800 et de 1940. Pourtant, ce métier est souvent repris dans l'état-civil de Créquy au cours du XIXème siècle.

 

Retour à la page d'accueil

Ce site est édité par le Comité d'Histoire du Haut-Pays, sous la direction de René Lesage.

 Une adresse pour nous contacter