Créquy (Pas-de-Calais)

Témoignage Paul Demagny

Oui, des "relations" se sont parfois établies. Je possédais un carnet d'adresses de militaires allemands, que j'ai fini par égarer. Ayant fait mon service militaire en Allemagne, j'aurais pu savoir si ces hommes avaient réchappé à la tourmente en Russie ! Notamment, un entrepreneur de battage possédant "grei gartitures", c'est-à-dire 3 matériels. Il habitait près de Sarrebarët. J'ai fait une partie de mon service à 12 kilomètres de là ! Les Kommandanture, on les trouvait à Fruges à Créquy et à un niveau plus élevé à Montreuil.

Pour le contrôle économique, c'était un adjudant chef conseiller Agricole dépendant de Montreuil. Ca lui arrivait de compter les poules dans les cours de ferme. Il y avait donc des contacts avec le "Syndic". Président du Syndicat Agricole du village. Qui lui essayait d'aplanir les problèmes, quand il y avait risque d'amende pour livraison insuffisante de beurre et d'oeufs. Le Maire aussi intervenait dans ces cas.

 La réquisition des chevaux était notre hantise. Voir partir ses bêtes dans des mains étrangères quel drame ! C'était sentimental ! C'était matériel ! Plus de moyen de traction ou les moyens réduits de moitié ; nous mettait en difficultés.

 De Juillet au 15 Octobre 1940, des unités de pionniers travaillant au terrain de Tramecourt ont cantonné dans nos maisons. Ils occupaient une pièce complète, la salle à manger dont ne nous servions pas. J'ai l'exemple de trois maisons logeant chacune quatorze soldats, couchant sur des lits en bois, superposés par trois. Des enveloppes de papier tissé très résistant, bourrées de paille, servaient de matelas. Les sous-officiers couchaient dans  des maisons voisines, seuls ou à deux.

 Déjà en 1940, certains soldats n'avaient pas le moral. Ils souffraient beaucoup de la séparation avec leurs familles. Les sous-officiers étaient des gens de métier, maçons, charpentiers, menuisiers. On subissait leur présence. Les portes d'entrée des maisons étaient toujours ouvertes. A ma connaissance, il ne s'est passé rien d'anormal, la discipline aidant.

 A une certaine époque, une décision obligea les hommes de 18 à 45 ans à parcourir le village la nuit, pour une quelconque surveillance. Nous étions munis de laisser-passer et de brassards bleu et blanc au bras gauche. Les sentinelles allemandes parcouraient les même secteurs et on en était à "fraterniser" avec eux. On les connaissait ; ils nous connaissaient et nous emmenaient prendre un jus à leur cuisine roulante installée à demeure sous un hangar qu'ils avaient fabriqué. Vous voyez le genre de relations. Cela  m'est arrivé de me faire prendre après l'heure du couvre-feu : les sentinelles fermaient les yeux. Nous étions parfois leurs confidents, mais toujours hors de la vue de leurs camarades.

 Leurs distractions : le sport. Ils jouaient au football. On m'a rapporté que les officiers allaient parfois au théâtre à Arras. Des souvenirs précis d'Allemands. Bien sûr ! Je me suis essayé à parler le "boche" petit-nègre. Cela ne m'a pas mal réussi. C'était un moyen de les pénétrer et de connaître leurs faiblesses, ce qui me gonflait le moral.

 En 1942, des cultivateurs sur réquisition ont dû emmener des troupes et leur matériel vers Auchy-les-Hesdin. Ces hommes ne se cachaient pas pour dire qu'ils partaient avec l'Afrika Korps. Mais c'est en Avril ou en Mai 19941 que nous avons vu partir des unités de Créquy. C'est après coup que nous avons compris le lien qui existait avec l'invasion de la Russie. L'évolution du moral est difficile à préciser. Je crois que cela dépendait des individus.

 Deux mois avant le débarquement, les Allemand ont obligé la population à planter des asperges Rommel sur les terrains dénudés, mais éloignés des bois. Sans doute pensaient-ils que les envahisseurs poseraient leurs planeurs dans ces zones avant de se réfugier dans les bois. J'ai participé à ma manière à la plantation. Deux équipes travaillaient séparément, l'une abattant les baliveaux à longueur et calibre souhaités, l'autre assurant le transport jusqu'à l'endroit prévu pour les planter, au moyen de trois véhicules agricoles. On perçait des trous d'un mètre de profondeur et on y enfonçait les pieux qui se dressaient à deux ou trois mètres de profondeur et on y enfonçait les pieux qui se dressaient à deux ou trois mètres et on calait avec des cailloux. Un sous-officier un peu rond, bien dnourri, était seul pour mener tous ces tireurs au flanc que nous étions, peu exigeants pour le boulot. Nous étions payés, combien ? Je ne sais plus. L'abbé Petit,  professeur d'allemand, servait d'interprète. Nous n'avons jamais eu d'autre contrôle. Le 6 Juin, vers neuf heures, nous sommes arrivés sur le chantier. Le sous-officier n'est jamais apparu et nous avons décidé de rentrer chez nous.

 Par la suite, des hommes étrangers à la commune ont été réquisitionnés pour percer des trous individuels le long de la route de Beaurainville-Fruges, des trous de un mètre de long, de cinquante centimètres de large et de un mètre de profondeur. Il y avait un contrôle plus suivi. C'était très pénible.

 

 

Retour à la page d'accueil

Ce site est édité par le Comité d'Histoire du Haut-Pays, sous la direction de René Lesage.

 Une adresse pour nous contacter